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L’ÉDITO de Décembre :
Pendant des siècles, les cantonniers ont été les piliers invisibles des communes rurales. Leur travail, souvent discret, a permis de concilier progrès technique et proximité citoyenne, façonnant les services publics locaux tels que nous les connaissons aujourd’hui. Agents polyvalents, ils étaient à la fois les bras de la mairie et les yeux du village : entretenant les chemins, annonçant les nouvelles, et veillant au quotidien des habitants.
À l’origine, les cantonniers cumulaient souvent plusieurs casquettes : celle de crieur public, annonçant les décrets municipaux ou les fêtes locales au son d’un tambour, et celle de garde champêtre, veillant au respect des règles et à la sécurité des champs. Avec l’électrification, l’arrivée de l’eau courante et le développement des transports, leur métier a évolué, mais leur polyvalence est restée. Ils ont appris à gérer les réseaux, à signaler les routes, et à maintenir les équipements publics, s’adaptant sans cesse aux besoins changeants des municipalités. Avec la modernisation, leur rôle s’est peu à peu effacé. Les machines ont remplacé les bras, les intercommunalités ont centralisé les services, et les médias comme Facebook ont pris le relais des annonces orales.
C’est dans ce contexte que Léon Remy émerge comme une figure emblématique de Poulangy. Né le 28 mars 1926, il fut le dernier cantonnier et garde champêtre du village, exerçant son métier avec dévouement de 1953 à 1980. Il arpentait les rues, tambour en bandoulière, annonçant les nouvelles du village : un conseil municipal, une fête, une alerte météo, ou la perte d’un animal. « Il connaissait tout le monde, et tout le monde le connaissait », se souviennent encore ceux qui l’ont croisé. "Léon" comme il était appelé familièrement incarnait avec fierté une tradition plusieurs fois centenaire, où la parole et la présence humaine donnaient vie au village. En 1980, sa retraite a marqué un tournant à Poulangy, mais son héritage continue d’inspirer. "Léon" nous a quitté le 11 janvier 2022.
