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L’ÉDITO de Mai :
Poulangy : une légitimité historique et un projet qui s’impose
2026 marque le 25ᵉ anniversaire de la loi Taubira, qui a reconnu la traite négrière et l’esclavage comme crimes contre l’humanité. Pour Poulangy, c’est aussi l’année où le projet de Mémorial de l’Histoire de l’Esclavage franchit une étape majeure en s’associant à des partenaires de tout premier plan. Certains s’étonneront qu’un village de Haute-Marne, sans tradition coloniale apparente et loin de tout port négrier, se saisisse d’une telle histoire. Et pourtant, l’histoire de Poulangy témoigne à plusieurs reprises de liens indirects, mais bien réels, avec celle de l’esclavage, et pas seulement avec la traite négrière.
Durant le Haut Moyen Âge, une route des esclaves slaves passait à proximité du village. Plus tard, au XVIIe siècle, la famille Vincheguerre s’y installe, après avoir lutté activement en Méditerranée pour libérer des chrétiens réduits en servitude lors des guerres contre les Barbaresques, inscrivant ainsi le village dans cette tragique histoire millénaire. En 1848, le nom de notre commune fut donné à Florine et à son fils Marcelin, deux esclaves affranchis de Guadeloupe. Ce matronyme scella durablement, de manière symbolique, un lien entre ce petit village de Champagne et la mémoire de l’esclavage. À la fin du XIXe siècle, l’auteur poulangeois Albert Lepitre publiait un ouvrage consacré à l’esclavage en Afrique. Aujourd’hui encore, l’artiste plasticien Freddy Tsimba, époux Vacheret, dénonce depuis Kinshasa les esclavages modernes. L’histoire de Poulangy est donc bel et bien liée à celle de l’esclavage. Loin d’être un acte étrange ou déplacé, le Mémorial de Poulangy apparaît ainsi plus légitime qu’il n’y paraît. Notre commune porte en elle, à travers les siècles, plusieurs éclats de cette histoire universelle de la domination et de l’affranchissement.
C’est forte de cette histoire que, le 13 octobre 2023, sur proposition du président de l’ASPP, Olivier Billiard, maire de Poulangy, a élevé au rang de citoyens d’honneur de la commune Samuel et Alixia Poulangy, descendants directs de Florine et Marcelin. Ce moment fort a officiellement lancé une dynamique mémorielle qui s’amplifie aujourd’hui.
Pour cette première édition 2026, l’ASPP s’est entourée de partenaires de renom. La Maison des Lumières Denis Diderot de Langres accueille l’exposition #CESTNOTREHISTOIRE, prêtée par la Fondation pour la Mémoire de l’Esclavage et accessible gratuitement jusqu’au 17 mai. Le cadre est idéal, puisqu’il place l’engagement mémoriel poulangeois au cœur même de la réflexion philosophique qui permit, au siècle des Lumières, de concevoir l’abolition de l’esclavage. Diderot fut en effet l’un des philosophes les plus engagés contre l’esclavagisme, et les collections du musée éclairent pleinement cette histoire partagée. L’exposition, composée de 17 panneaux et accessible dès 10 ans, retrace l’histoire de l’esclavage et de ses abolitions comme une histoire de France, de l’Antiquité jusqu’à nos jours, rappelant qu’il s’agit de l’histoire de toutes et tous.
Enfin, et c’est une belle reconnaissance, la Fondation pour la Mémoire de l’Esclavage a officiellement invité l’ASPP à la Cérémonie nationale des Mémoires de la traite, de l’esclavage et de leurs abolitions. Elle se tiendra devant Le Cri, l’Écrit, le monument national du jardin du Luxembourg à Paris, sous la représentation du Premier ministre Sébastien Lecornu, en présence du président du Sénat Gérard Larcher et de Jean-Marc Ayrault, ancien Premier ministre et président de la Fondation. Par cet acte de mémoire, la présence du projet poulangeois à cette cérémonie nationale affirme qu’un territoire rural, fût-il petit et éloigné des grands ports négriers, a toute sa place dans le récit collectif national. Car l’histoire de l’esclavage, comme le rappelle l’exposition #CESTNOTREHISTOIRE, est l’histoire de tous.
